Près de 800 000 jeunes, travailleuses, travailleurs, privés d'emploi et retraités ont rejoint les nombreux lieux de rassemblements et de manifestations partout en France et à Strasbourg plus de 30 000 manifestants ont battu le pavé. Cette journée de mobilisation massive malgré les interdictions préfectorales, les anathèmes de la presse d’extrême droite, a été très suivie par les jeunes, leurs parents, les salariés et les fonctionnaires qui ont massivement répondu aux appels diffusés sur les réseaux sociaux Elle a été pour beaucoup de manifestants festive et pacifique avec énormément de pancartes , de danses, de musique, de spectacles improvisés et de personnes déguisées.
Les cortèges, interdits étaient encore plus fournis que ceux autorisés les semaines précédentes ce qui montre que le mouvement lycéen et le mouvement social ne se laissent pas intimider par la répression sévère de cette dernière semaine et que loin de décroitre avec les vacances le mouvement s’amplifie.
Par son refus obstiné de répondre aux revendications portées massivement de manière pacifique, c'est le gouvernement qui porte la responsabilité politique de la montée des violences observée hier. Si comme le dit Victor Hugo par la bouche de Javert : « la misère n’excuse pas à tout », la violence, elle se retourne toujours aussi contre les politiques, qui malgré leurs belles promesses, n’en viennent pas à bout. C’est sur le terrain de la négociation avec les organisations syndicales étudiantes et de salariées, et du débat parlementaire que le gouvernement doit maintenant apporter des réponses politiques. La réponse uniquement judiciaire et policière ne mène qu’à une impasse.
Nous ne sommes pas dupes de la stratégie dangereuse ordonnée par le plus haut niveau de l’Etat qui, au prétexte de lutter contre « les casseurs » établit dans les faits un climat de terreur à interdire en réalité toute possibilité de manifester démocratiquement, dans l’unique objectif de tenter de faire refluer les mobilisations sociales, ce qu’il n’est pas parvenu à faire jusqu’à présent. Nous exigeons que cesse cette politique de répression violente qui remet en cause les principes mêmes de la démocratie. L’histoire l’a prouvé, l’avenir le confirmera, rien ne pourra étouffer les besoins de justice sociales, de liberté d’expression et d’émancipation des travailleurs.
A ceux qui à droite et encore plus à droite poussent des cris d’orfraie pour dénoncer les attaques contre la République et ses symboles il est peut-être judicieux de rappeler que La République, dans ses 5 versions est fille de la rue et des révoltes, c’est d’ailleurs pour cette raison que c’est du sobriquet de la Gueuse que les réactionnaires l’affublaient. La première de 1792 est issue de la Révolution et de la rupture définitive et brutale avec la royauté, la deuxième est sortie des révoltes de 1848, la troisième suit directement la Commune de Paris et sa répression sanglante et la quatrième est issue de la Seconde guerre mondiale où il était de bon ton, vers 1944, de se révolter par les armes contre l’ordre établi de l’Etat Français de Vichy qui avait aboli la République et la Liberté. Quant à la cinquième c’est l’insurrection d’Alger qui a ramené De Gaulle au pouvoir. Partout dans le monde c’est la rue, la révolte qui amène la démocratie et la liberté pas la police. Mais ceux que nous applaudissons à Téhéran, à Damas, au Caire et à Tunis comme des populations qui se soulèvent pour ses droits et sa liberté, chez nous deviennent des casseurs et des émeutiers. Les mêmes causes, produisent pourtant les mêmes effets, le développement de la misère, l’absence de perspectives économiques, politiques et sociales ici comme là-bas, mènent à la révolte et cette dernière est rarement organisée. Il ne faut pas simplement écouter les colères comme le gouvernement annonce le faire depuis des semaines, il faut entendre, répondre et surtout agir, pas simplement écouter et collectionner les cahiers de doléances dans les caves des préfectures ou sur des serveurs informatiques, il faut répondre et répondre autrement que par une police de plus en plus dépassée et brutale qui se retrouve seule et vilipendée à affronter la colère dans la rue . La réponse policière ne peut et ne doit pas être la seule réponse aux colères sociales car pour citer Jean Valjean dans le film les Misérables qui vient de sortir : « à trop vouloir l’ordre on finit par engendrer le chaos ». A Strasbourg c’est 11 blessés dont un grave parmi les manifestants et les forces de l’ordre qui font le triste bilan de la journée sans compter les lieux saccagés.
La CGT 67 dénonce la répression accrue visant à empêcher la population de participer aux manifestations. Elle apporte son soutien aux responsables syndicales de la FSU et de la CGT de Toulouse qui ont subi un tir de grenade de désencerclement envoyé sur le carré de tête intersyndical par les forces de l’ordre alors que le cortège défilait dans le calme. Le secrétaire général de l'union locale de Hagondange, a lui aussi été placé en garde vue après avoir manifester. Nous constatons une fois de plus une répression des syndicalistes qui ne font qu'exprimer leurs voix et soutenir un mouvement de grève .
Cette journée de mobilisation citoyenne pour l'augmentation des salaires, des minima sociaux et des retraites, de dénoncer une fois de plus les inégalités dans notre pays et la violence du projet budgétaire qui impactera de manière concrète notre quotidien, alors même que beaucoup d’entre nous doivent choisir entre faire le plein de carburant ou faire ses courses. A la violence légale du projet budgétaire qui amplifie la misère répond celle de ceux qui ne sont pas prêts à se laisser faire.
Dans le budget Lecornu, aucune mesure n'est prévue pour aller chercher l'argent où il est. Ce projet prévoit 54 milliards d'efforts budgétaires qui pèseront directement sur les services publics déjà exsangues. C'est la réduction des recettes organisée, avec la baisse de la taxe exceptionnelle sur les hauts revenus de 7 à 5 milliards et de nouveaux cadeaux aux grands groupes.
Oui, de l'argent, il y en a pour répondre aux revendications !
Il y a donc urgence à
-augmenter les salaires, les pensions et les minima sociaux
-bloquer les prix des produits de 1ère nécessité ; rétablir l’indexation des salaires sur les prix.
-rétablir l'ISF et mettre en place la taxe Zucman sur les hauts patrimoines
-lutter contre la fraude et l'évasion fiscales
-mettre a contribution les profiteurs de crise
-répondre urgemment aux revendications de la jeunesse
La CGT 67 appelle à poursuivre la mobilisation avec les jeunes à continuer à les accompagner dans leurs revendications , à mettre partout en débat sur les lieux de travail les conditions de la construction du rapport de force pour gagner sur les revendications sur les salaires , à préparer les prochaines étapes de mobilisation ces prochains jours, dont la grande journée intersyndicale de grève et de manifestation interprofessionnelle du 5 novembre.



