Lettre au préfet et au recteur

Rédigé le 07/10/2026


Monsieur le Préfet, 

Monsieur le Recteur,

 

Depuis plusieurs jours, des lycéens se mobilisent dans différents établissements de notre département. Après les événements survenus devant les lycées du Bas-Rhin depuis le 29 septembre, de nouvelles tensions et interventions des forces de l’ordre ont eu lieu ce jour.

Nos organisations syndicales tiennent à exprimer leur vive préoccupation face à cette situation et au risque d’une escalade qui, loin de permettre un retour au calme, contribue à installer un climat de confrontation autour des établissements scolaires.

Nous condamnons sans ambiguïté les violences, les dégradations et les agressions, quelles qu’en soient les cibles. Rien ne saurait justifier de tels actes. Mais ils ne peuvent davantage servir de justification à ce que la réponse apportée à l’ensemble d’un mouvement lycéen repose essentiellement sur une logique répressive. Il est d’ailleurs à noter que c’est la logique uniquement répressive opposée aux revendications lycéennes qui est à l’origine de l’escalade des tensions et non l’inverse.

Nous constatons en effet en plus un durcissement de la réponse apportée aux mobilisations ; présence importante des forces de l’ordre aux abords des établissements, interventions, recours aux gaz lacrymogènes et interpellations. Ces situations nous préoccupent particulièrement lorsqu’elles se déroulent dans ou à proximité immédiate de lieux scolaires accueillant majoritairement des jeunes, dont un grand nombre sont mineurs.

L’école ne peut devenir un lieu de confrontation entre la jeunesse et les forces de l’ordre. La réponse aux mobilisations lycéennes ne peut se réduire au maintien de l’ordre. Elle doit également être politique, éducative et démocratique car si l’Etat détient bien selon la formule de Max Weber le monopole de la violence légitime, la jeunesse, elle, détient par sa nature même le monopole de notre avenir en tant que société.

Lorsque les lycéens expriment leur inquiétude concernant leurs conditions d’étude, les moyens accordés à l’éducation nationale, les personnels manquants ou non remplacés et, plus largement, leur avenir, ces revendications doivent être entendues. Ces revendications reprennent la base même de notre République et de sa devise. Ils revendiquent plus de liberté et l’égalité des chances quel que soit leur lycée et opposent leur jeune fraternité aux coups de matraques et aux nuages de gaz qui masquent leur avenir

Cette mobilisation ne naît pas de rien. Elle s’inscrit dans un contexte de dégradation des conditions d’enseignement, de manque de moyens et de difficultés auxquelles sont confrontés quotidiennement les élèves comme les personnels. D’ailleurs les personnels étaient eux-mêmes massivement en grève le mardi 29 pour les mêmes motifs.

 

Que l’on partage ou non les modalités d’action choisies, la réponse de l’État ne peut consister à opposer systématiquement l’ordre public à la liberté d’expression et de mobilisation. Les lycéens sont les citoyens de demain et ils font l’apprentissage de la démocratie. Ils font entendre leurs voix et leurs choix. C’est aux institutions de l’Etat de les écouter et de dialoguer et non de leur opposer les matraques et les gaz qui sont plutôt l’apanage de régimes politiques que nous décrions sur le plan international plutôt que la marque de fabrique du pays des droits de l’homme !

 

Monsieur le Préfet,

Vous avez la responsabilité de l’action des forces de sécurité intérieure dans le département. Nous vous demandons que les dispositifs mis en œuvre aux abords des établissements scolaires tiennent pleinement compte de la nature particulière de ces lieux et de la présence de nombreux mineurs, et que l’usage de la force demeure strictement nécessaire et proportionné aux situations rencontrées.

Nous demandons également que soient privilégiés, chaque fois que les circonstances le permettent, la désescalade, la médiation et le dialogue, plutôt qu’une réponse conduisant à renforcer les tensions autour des établissements scolaires.

La succession des événements de ces derniers jours démontre que la seule logique du maintien de l’ordre ne permettra pas de sortir durablement de cette situation. Une escalade entre lycéens et forces de l’ordre ne peut constituer une réponse acceptable. Votre réponse pour l’heure est que force doit rester à la LOI, mais quelle valeur accorder à une loi qui méprise, ignore et réprime ses ayants droits. C’est un vrai sujet de philosophie comme de société auquel vous devez, comme les jeunes, répondre dans l’urgence.

Le rôle de l’État doit être de protéger, d’apaiser et de permettre le dialogue, et non d’alimenter une logique de confrontation avec sa jeunesse.

 

Monsieur le Recteur,

L’Éducation nationale doit rester garante d’un cadre permettant aux élèves d’exprimer leurs revendications et de faire vivre le dialogue au sein des établissements.

Nous vous demandons que toutes les voies de concertation soient mobilisées dans les établissements concernés et que les personnels de direction disposent des moyens et de l’accompagnement nécessaires pour privilégier le dialogue, la médiation et l’apaisement. Que les CVL et les présences des élèves dans les CA des établissements servent à s’emparer des sujets des revendications et ne servent pas simplement en CVL à permettre aux élus élèves de choisir la couleur de la peinture du foyer, les éléments de déco ou le type d’action humanitaire à organiser ou au CA de constater indéfiniment la baisse des lignes budgétaires. La représentation des élèves dans les instances ne doit pas servir simplement d’alibi démocratique, elle doit pouvoir jouer pleinement son rôle ! 

Il est de votre responsabilité de garantir simultanément la sécurité des élèves et des personnels, la liberté d’expression et de mobilisation ainsi que la continuité du service public d’éducation. Ces exigences ne doivent pas être opposées les unes aux autres.

Nos organisations demandent donc qu’une consigne claire d’apaisement, de désescalade et de recherche systématique d’un réel dialogue soit donnée, tant au niveau académique que départemental.

Nos organisations sollicitent en conséquence une rencontre dans les plus brefs délais avec vos services afin d’échanger sur la situation dans les établissements du Bas-Rhin, sur les conditions d’intervention des forces de l’ordre et sur les mesures permettant de retrouver durablement un climat d’apaisement.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Préfet, Monsieur le Recteur, l’expression de nos salutations respectueuses.

 

Laurent FEISTHAUER 

Secrétaire Général UD CGT 67